Le Burkina Faso impose une formation militaire aux journalistes. Plus de 40 professionnels des médias ont suivi une « immersion patriotique » du 9 au 14 août 2026. Une décision de la junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré qui inquiète les défenseurs de la presse.
Cette obligation s’inscrit dans un contexte de conflit armé et de durcissement du pouvoir. Les autorités parlent de protéger la profession. Les opposants y voient un outil de contrôle. Décryptage.
Une formation militaire obligatoire pour les journalistes au Burkina Faso
La nouvelle est tombée sans préavis. 44 journalistes de médias publics et privés ont été convoqués à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. Pendant cinq jours, ils ont enfilé treillis et rangers pour suivre une formation encadrée par le ministère de la Sécurité.
Baptisée « immersion patriotique », cette formation militaire deviendra une obligation annuelle. Le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a justifié la mesure par la nécessité de renforcer le lien entre médias et forces de défense. Les images diffusées par la télévision publique RTB montrent des dizaines de journalistes en uniforme, armes factices à la main.
Le contenu de l’immersion patriotique pour les médias
Cette formation mêle exercices physiques, cours théoriques et séances de « citoyenneté ». Les participants apprennent les bases du maintien de l’ordre et de la manipulation d’armes. Objectif affiché : développer la résilience des journalistes face aux menaces du conflit.
Plusieurs exercices ont été filmés. On y voit des ateliers sur les gestes de premier secours, la transmission d’informations en zone dangereuse et l’éthique patriotique. Une manière, selon les autorités, de créer des réflexes utiles dans un pays où les journalistes sont pris pour cible.
Mais cette obligation interroge. Peut-on imposer un uniforme à ceux qui doivent rester neutres ? La question divise la profession. Certains y voient une chance de mieux comprendre l’armée. D’autres dénoncent une instrumentalisation de la presse.
Presse et pouvoir : un climat de tension croissant au Burkina Faso
Cette formation militaire s’ajoute à une longue liste de pressions. Des médias ont été suspendus, des correspondants étrangers expulsés. Le cas du journaliste Serge Oulon reste en mémoire. Il est toujours détenu, deux ans après son enlèvement à Ouagadougou. Une situation qui alarme les organisations de défense des droits.
Reporters sans frontières (RSF) a réagi fermement. L’organisation dénonce un nouveau signal inquiétant pour la liberté de la presse. Elle rappelle que le Burkina Faso traverse l’un des conflits les plus meurtriers de la région. Le pays est confronté à des violences djihadistes depuis 2015. Dans ce contexte, la méfiance entre pouvoir et médias s’accroît.
| Acteurs | Position | Justification |
|---|---|---|
| Autorités de transition | Favorable | Renforcer le patriotisme et la sécurité nationale |
| Reporters sans frontières | Défavorable | Atteinte à l’indépendance de la presse |
| Syndicats de journalistes | Divisée | Partagés entre crainte de contrôle et besoin de compétences |
Des réactions contrastées dans la profession
Certains directeurs de rédaction soutiennent l’initiative. Ils y voient une occasion de mieux coopérer avec l’armée. D’autres redoutent une dérive autoritaire. Plusieurs rédactions ont refusé de commenter la mesure, par crainte de représailles.
La question de la protection des journalistes sur le terrain est pourtant réelle. Les correspondants de guerre ont besoin de savoir se positionner, s’abriter, évacuer un blessé. Mais une formation militaire obligatoire par l’État n’est pas neutre. Elle transforme des professionnels de l’information en acteurs du récit officiel.
Parmi les points qui fâchent : l’évaluation des participants. Selon le ministère, chaque journaliste sera noté sur son engagement et sa discipline. Ces notes pourraient conditionner l’accréditation annuelle des médias. Un moyen de pression indirect.
Quelles compétences pour les journalistes en zone de conflit ?
La formation aux risques est une nécessité reconnue. De nombreuses écoles de journalisme dans le monde proposent des stages de sécurité. Mais ces stages sont facultatifs et encadrés par des professionnels des médias. Imposer un programme militaire étatique change la nature de l’exercice.
Les journalistes ont besoin de compétences précises : reconnaître un danger, connaître les zones minées, gérer un stress intense. Rien ne dit que l’armée burkinabè est la mieux placée pour transmettre ces savoirs. D’autant que les violences contre la presse viennent parfois des forces de l’ordre elles-mêmes.
Dans ce contexte, la résilience des journalistes est mise à l’épreuve. Ils doivent résister aux pressions tout en continuant d’informer. Une mission délicate dans un pays où chaque mot peut être jugé antinational. La frontière entre coopération et soumission devient mince.
Le débat est loin d’être clos. D’autres cohortes de journalistes devraient être convoquées dans les mois à venir. Le gouvernement parle de former plusieurs centaines de professionnels d’ici 2027. Une décision qui façonnera l’avenir de la presse burkinabè.

Formée à l’hôtellerie-restauration, Héloïse a passé trois ans en cuisine avant de se tourner vers l’écriture. Elle se spécialise dans la formation culinaire et les métiers de bouche. La pizza, c’est son terrain de jeu préféré depuis un stage à Naples.